Page d'accueil du site de la poterie des chals Nathalie POUZET & Jean Jacques DUBERNARD
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   Un drôle de petit atelier, comme tant d'autres en Dauphiné, qui a résisté à tout, grâce au caractère des potiers qui l'ont fait survivre... Une production très utilitaire, liée au monde paysan (fabrication du fromage notamment). Des pots qui se baladaient, livraison "en camions" tirés par des chevaux à Yssingeaux, Brive, le Puy-en-Velay : de vraies expéditions. En revenant de l'une d'elles, le potier Pacard a été tué par son cheval qui s'était emballé dans la descente de la route du château de Roussillon en 1882. Ce même Pacard payait ses fagots en prenant de l'argent dans une "paillasse" pleine de Louis d'or ... On la cherche toujours à la poterie.

   Un des potiers suivants, Victor-Sylvain Bert a eu son Certificat d'Etudes en 1901... Les potiers ne sont pas des imbéciles. Le progrès arrive avec l'électricité en 1911 ; à l'avant-garde de la modernité, le malaxeur est électrifié (avant, on foulait la terre au pied). Sylvain Bert perd une jambe à la guerre de 1914. Pour lui permettre de travailler, on électrifie son tour. Le système de transmission est tellement bruyant que l'on entend le bruit du tour depuis le bas de la montée des Chals... On abandonne le système.

   Les ateliers servent de lieu de rendez-vous pour discuter et boire un coup. Le travail de la poterie est mélangé au travail du paysan. Le jour où Jean-Marie Paquaud veut "s'embaucher" aux Chals après avoir travaillé chez Gacon, les potiers sont en train de faire les vendanges ; cela lui plait : la terre et la vigne font bon ménage.


   La poterie est un lieu où "défilent" des gens très différents : aussi bien Anne Dangar, artiste australienne adepte du cubisme, rencontrée en 1928 en allant travailler à Saint Désirat, que le curé et le tonnelier du village.

   Le travail de l'atelier continue avec des compagnons : le père Henry, Lamy, Joseph Garrido, Lacroix, le père Olivier, le Costaud, le père Drevet, la "Cruche à sifflet" (Aguet), des tourneurs, des manœuvres pour engober, vernir, cuire. D'autres personnes s'intéressent à la poterie. Un jour, à l'atelier, il y avait Geneviève de Cissey, René et Madeleine de Valence, Boby de Montgolfier et moi Ducon (dixit J.M. Paquaud). Picasso a même franchi le pas de la porte de la poterie des Chals au moment où il cherchait un lieu pour faire de la céramique. Il a continué jusqu'à Vallauris, un bien ou un mal pour Roussillon, à vous de voir ...


   Le Vendredi saint, on fait ripaille en ne mangeant que de la viande, oie, andouillette préparées par "la Paulette". Le curé du village dans le bulletin paroissial reconnait que c'est une manière comme une autre de célébrer le Vendredi saint. Tout ceci rythmé par les cuissons de moins en moins fréquentes dans le seul four de l'atelier (dix-huit m3) une fois par mois, ensuite quatre fois par an, pour finir à une fois par an.

   Des périodes très dures pour la terre vernissée aux Chals : le plastique, l'aluminium, tout change autour de l'atelier. On travaille en toute amitié pour la Grange aux Potiers, la poterie Yence à Anneyron, Baboin à Saint-Uze, Bernard Buffat, on vend des pièces crues.

   En 1976, le four des Chals doit faire sa dernière cuisson. Jean-Marie Paquaud a soixante-sept ans ; il a commencé à travailler à douze ans à Digoin, puis fait le tour de France, il a même été payé avec trois petites pièces à Ferney-Voltaire ..., mais c'était de l'or.

   ... La poterie des Chals aujourd'hui

   La chance que j'ai eue c'est de rencontrer Jean-Marie Paquaud et l'atelier qu'il a su faire survivre. J'ai pris contact avec la terre au Centre social de l'Isle à Vienne dans un atelier animé (brillamment) par Madame Ventalon. Un samedi matin, le 6 avril 1976, elle m'emmène montrer mes "oeuvres" à Jean-Marie Paquaud. Ce jour-là, il a été particulièrement indulgent, mais devait rire sous cape. Toutefois, le lundi matin, je pouvais venir à l'atelier l'aider à préparer la terre et essayer de faire quelques pots à cactus.

   Ce côté atelier ouvert est important. Il y avait Annie (décoratrice chez Yence), Richard qui venait une ou deux fois par semaine et un autre stagiaire. Venir de Vienne en vélo tous les jours pour pédaler toute la journée sur un tour plus que centenaire, essayer de faire des pots à géraniums qui doivent s'emboîter, ça vous forme le caractère. Travailler l'été à la préparation de la terre, l'automne et l'hiver au tournage, le printemps au décor et à la cuisson, c'est un drôle de rythme. Cuire cinq mille pièces en une fois avec cinq tonnes de bois, dix jours d'enfournement et vingt-cinq heures de chauffe.

   Apprendre en regardant, en écoutant. Essayer de ne pas trop trinquer avec "le Dudule", le père Pons, le Costaud, le père Olivier, Drevet et tous les copains de Jean-Marie Paquaud. Pourtant le vin de l'Algred, puis du Charlot est bon et surtout naturel (8°). S'asseoir auprès du "cubulot" (poêle à bois), écouter Jean-Marie Paquaud raconter son apprentissage à Digoin en 1921 avec vingt-cinq tourneurs, le potier qui cachait une pièce de un sou dans le ballot pour que Jean-Marie batte bien la terre.


   Son tour de France, ses cinq ans comme prisonnier en Allemagne, sa solidarité avec les réfugiés espagnols en 1936. Le Front Populaire, le travail de la poterie à Saint-Désirat, Anne Dangar, Geneviève de Cissay, les histoires avec les stagiaires qu'il envoyait chercher de la "graine de fil bleu", de "l'huile de coude" ou à qui il conseillait la crotte de canard sur le menton pour devenir plus viril. Les voisins qui jouaient le jeu, la Paulette qui chantait et aller chercher avec les stagiaires des œufs chez les voisins pour le Mardi-gras et tous les bons conseils de tournage. Les pots dans lesquels on a mis tout son cœur, aplatis à la fin de la journée par la main du maître ; lui, c'était un coup de crayon dans le pot, par le contremaître à Digoin.


   Les beaux livres de céramiques qu'apportait Madeleine de Valence pour modèle. Et encore mille choses qui font que la vie ne s'apprend pas qu'à l'école, c'est sur. Et malgré un air un peu bourru, un grand cœur et aussi la gentillesse de la Julienne.

   Résultat : l'envie de poursuivre la liste des potiers qui ont fait vivre cet atelier ; en faisant moins de biches à lait (dix-milles en 1945, mille en 1976, cinquante aujourd'hui) mais un travail plus personnel en gardant l'esprit de la terre vernissée, populaire et gaie, utile et décorative, faite de sueur et de soleil. Un esprit qu'aujourd'hui on essaie de faire perdurer à travers les associations et les marchés de potiers.

   Un esprit où la terre et l'humain ne font qu'un...

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